Le célèbre père jésuite Renato Poblete Barth, grand défenseur des pauvres au Chili, a abusé de plus d’une douzaine de femmes pendant près de 50 ans, de 1960 à 2008.
« 30 avril 2019 : sur les écrans de la chaîne Ahora Noticias, une femme vient témoigner des mauvais traitements qu’elle a subis des années durant, de la part d’un prêtre, jésuite. Et un jésuite bien connu : Renato Poblete.
Marcella Aranda décrit ce qu’elle a subi. Elle avait 19 ans (à l’époque, en 1985, elle était mineure) quand le Père Poblete l’a prise sous sa protection. Elle arrive au « hogar » pour faire du bénévolat. Elle a pensé à une vocation religieuse., et le Père Poblete va devenir son directeur spirituel : « Je me souviens qu’il m’a fait un gros câlin, et m’a demandé de lui raconter ma vie. À un moment donné, il m’a dit “À partir de maintenant, je serai ton père et je te donnerai toute l’affection dont tu as besoin”. »
Pendant huit ans, ce sont des horreurs qu’elle a eues à subir : des viols à répétition, trois avortements forcés, des séances de viols collectifs où Poblete l’amenait, les yeux bandés, à un groupe d’hommes, eux-mêmes masqués, qui la violaient à tour de rôle et la battaient, cependant que le bon père assistait à la scène. Marcella témoigne au grand jour. Elle se sent la responsabilité de dire ouvertement, avec un nom et un visage, ce qu’elle dénonce, pour que les gens perçoivent la dévastation qui se produit chez ceux qui ont subi de tels abus. « C’était un abus de conscience, de pouvoir et des abus sexuels, mais ce qui me fait le plus souffrir, c’est qu’il m’ait forcée à avorter, et pas seulement une fois, mais trois ». Elle parle de menaces de chantage et de son isolement : « j’étais terriblement seule… il me disait de ne rien dire à personne, parce que personne ne me croirait, et qu’il était assez puissant pour me faire exclure de l’université ». Elle décrit une situation de servitude : « il ne reste plus rien de toi, tu n’es plus capable de quoi que ce soit… tu deviens esclave sexuelle » et, à propos des avortements : « Ce sont trois enfants que je ne pourrai jamais serrer dans mes bras ».
Elle a refoulé ces souvenirs pendant vingt-cinq ans. Quand ils sont revenus, elle a tenté plusieurs fois de se suicider. « Pour survivre, j’ai complètement oublié la période pendant laquelle j’ai été terriblement maltraitée ». Aujourd’hui, Marcela a 53 ans, elle est théologienne et professeur à l’Université catholique. Maintenant, elle voudrait montrer qu’on peut en guérir, elle voudrait aussi qu’on s’intéresse aux protagonistes des sinistres séances, et aux médecins qui avaient pratiqué les avortements. Certains sont peut-être encore vivants. »
« Les résultats de l’enquête indépendante de six mois, annoncés le 30 juillet [2019] par le père jésuite Cristian del Campo, supérieur provincial du Chili, ont conclu que “les abus de pouvoir, de conscience, de crimes sexuels et autres crimes commis par Renato Poblete Barth étaient soutenus par une sorte de double vie, protégée par son image publique de bonne personne”. »
« L’abus, transversalement, a été commis à partir d’une position de force qui lui donnait cette image, son réseau de contacts énorme et le pouvoir économique dont il disposait en gérant de manière autonome d’importantes sommes d’argent pendant de nombreuses années », selon le rapport.
Sources :
- Chili : POBLETE – « POLVETE » – Les jésuites à leur tour dans la tourmente
- RFI / Chili: le vénéré prêtre Renato Poblete accusé de moult cas de violence sexuelle
- La mémoire d’un célèbre prêtre chilien entachée par ses nombreux abus
- Au Chili, les autorités jésuites révèlent les violences sexuelles commises par un prêtre admiré
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