De Luca Sauro sj (†2012) – Mouvement eucharistique de la jeunesse (MEG)


Prédateurs / mardi, février 3rd, 2026

Rapport final du rapport sur le Chemin de la Vérité

Mouvement eucharistique de la jeunesse (MEG), 28 janvier 2026

Introduction

Ce document est le fruit du Chemin de Vérité. Il a vu le jour au printemps 2024, lorsque le Père Renato Colizzi, directeur national du Mouvement Eucharistique des Jeunes (MEJ), a reçu des signalements d’abus sexuels sur mineurs commis par le Père Sauro De Luca (†2012) dans le cadre des activités du MEJ. En accord avec le Provincial jésuite du MEJ de l’époque, le MEJ a entamé une phase d’écoute des victimes et des témoins, confiant cette écoute et la rédaction du rapport final à une personne extérieure à la Compagnie de Jésus.

Le Chemin commence avec les événements de 2010, année où plusieurs signalements ont été reçus. Grâce à l’Office de Protection des Personnes, récemment créé, une enquête préliminaire a été menée. Le Père De Luca a alors été placé sous surveillance et assigné à résidence afin de méditer sur les actes dont il était accusé et de faire l’objet d’une enquête préalable à un procès canonique. Durant cette période, le Père De Luca a fait certains aveux. Cette enquête préliminaire n’a pas donné lieu à un procès, le père De Luca étant tombé gravement malade entre-temps et décédé moins d’un an plus tard.

Après le décès du père De Luca, compte tenu de la présomption d’innocence jusqu’au verdict final et de l’impossibilité de poursuivre les procédures judiciaires, il a été décidé de ne pas divulguer les faits. Cette décision reposait sur deux considérations : l’accusé ne pouvait plus se défendre et les survivants souhaitaient rester anonymes et ne pas être retrouvés, demandes qu’ils formulent encore aujourd’hui.

Conformément à la voie empruntée par l’Église, des changements de procédures internes ont été entrepris au niveau provincial afin de sensibiliser davantage à la question de la tutelle, par l’étude et la mise en œuvre de procédures, de politiques, de processus et de programmes de formation. En 2010, un délégué aux abus a été nommé.

Malgré le travail d’écoute mené par le Délégué aux abus entre 2010 et 2012, de nouveaux témoignages ont été reçus en 2024. C’est alors que la Province a décidé de créer un espace d’écoute pour les victimes des abus du Père De Luca. Tout en garantissant la confidentialité et l’anonymat, cet espace pouvait offrir un cadre essentiel pour comprendre les événements survenus.

Avec le projet « Chemin de la vérité », il a été décidé de reprendre et de réexaminer le travail entrepris en 2010, afin d’écouter à nouveau et de reconstituer un passé que l’on considère plausible, même s’il est impossible de vérifier juridiquement.

Le lancement du Chemin de Vérité a été annoncé par deux entretiens publiés dans Avvenire et la Repubblica le 1er octobre 2024 (Avvenire, p. 1 et 20 ; la Repubblica, p. 17), dans lesquels le Père Colizzi déclarait : « Nous avons décidé de placer la souffrance des victimes-survivants au cœur de notre démarche. Certaines d’entre elles nous ont contactés, et nous les en remercions chaleureusement, tout en implorant humblement leur pardon et celui de leurs familles. »

En mai 2024, le Dr Grazia Villani a été chargée d’écouter les témoignages des personnes qui, suite à la publication des articles susmentionnés, ont contacté la ligne téléphonique et l’adresse électronique créées à cet effet. Le Dr Villani a effectué ce travail pastoral bénévolement.

Ce document organise et présente les conclusions de ce Cheminement.

Le rapport

Le chemin de l’écoute

Le cheminement vers la Vérité fut long et complexe, car il fallait déterminer les méthodes les plus appropriées pour entrer en contact avec les victimes des abus du Père De Luca. Le Dr Villani a rencontré de nombreuses difficultés pour vérifier les faits. La principale était le temps écoulé depuis les événements : certains témoins importants, des responsables du MEJ et des personnes touchées par les abus sont décédés ; d’autres personnes interrogées étaient incapables de se souvenir d’événements qui, bien que significatifs, remontaient à plusieurs décennies.

Au cours de ce Chemin de la Vérité, le Dr Villani a eu accès au rapport demandé par le Provincial à l’Archiviste Provincial, qui retraçait la vie religieuse du Père De Luca depuis son entrée au noviciat, à partir de l’étude des consultations, de la correspondance et des Historiae domus (rapports annuels des communautés). Par la suite, la Province a appris l’existence des archives personnelles du jésuite, composées de ses notes, de ses journaux intimes et de ses photographies, classés en 84 dossiers. Cette collection a été transférée aux Archives Provinciales et mise à la disposition du Dr Villani. L’un des journaux intimes relate les sévices infligés à une trentaine de femmes, dont certaines mineures.

Les personnes qui ont contacté le Dr Villani ont souhaité rester anonymes et ne pas être recontactées ; le Délégué à la Protection ne connaît que les noms de deux personnes ayant choisi de contacter directement la Curie provinciale.

Indications numériques

Au cours de la phase d’écoute du Chemin de Vérité (octobre 2024 – septembre 2025), plus de 60 personnes ont été interrogées :

● 25 personnes victimes d’abus (dont 20 du Père De Luca)

● 22 adultes membres ou anciens membres de l’EYM

● 16 prêtres jésuites

Ces chiffres n’excluent pas d’autres survivants : d’autres noms de victimes présumées, non contactées, ont été signalés.

Profil de l’auteur et types d’abus

Père Sauro De Luca était un religieux de la Compagnie de Jésus et a été directeur national de l’EYM de 1968 à 1998. Homme intelligent, érudit, dynamique et visionnaire, il exerçait une forte influence par ses convictions et la manière persuasive dont il les exprimait. Il a contribué au renouveau de l’Association et à son adaptation aux innovations du Concile œcuménique Vatican II. Habile à gagner la confiance des garçons et de leurs familles, avec lesquels il tissait des liens d’amitié étroits par le biais de visites, le père De Luca a abusé de son autorité et de son influence spirituelle pour abuser de jeunes femmes, dont certaines mineures. Il s’entourait de quelques « favorites », créant ainsi un malaise chez celles qui n’étaient pas choisies pour être proches de lui. Il parvenait à convaincre celles qui se tournaient vers lui que ce qui se passait en confession ou lors de conversations était juste, voire bénéfique pour elles. Ce comportement les laissait souvent désemparées et rongées par la culpabilité. Lorsqu’une des filles a demandé au prêtre jésuite de cesser ses abus, il a réagi avec colère et agressivité.

Les abus spirituels, les abus d’autorité et les usurpations d’identité se produisaient principalement lors de confessions, d’entretiens spirituels ou de conversations. Dans certains cas, ces abus spirituels menaient également à des abus sexuels.

Ces rencontres avaient lieu à Rome, Cortone, Assise, Bardonecchia et dans d’autres lieux accueillant des conférences ou des camps d’été. Le père De Luca les recevait généralement dans sa chambre/son bureau.

Connaissance des plaintes et des procès

Parmi les personnes interrogées lors du Chemin de la Vérité figuraient également des jésuites : certains avaient collaboré avec le père De Luca, d’autres avaient été ses supérieurs, et d’autres encore le connaissaient simplement. À quelques rares exceptions près, tous ont déclaré n’avoir jamais rien remarqué d’inapproprié dans son comportement ou ses relations.

Parmi les laïcs et les participants aux YYM, certains comportements inappropriés étaient connus. Malheureusement, l’impact à court et à long terme de tels actes a été sous-estimé.

De plus, entre le début des années 1980 et 2010, les supérieurs du père De Luca ont reçu des signalements qui n’ont donné lieu à aucune suite. Il est fort probable que le contexte historique et culturel de l’époque n’ait pas permis de prendre les mesures nécessaires.

Pour sa part, le père De Luca, malgré les restrictions qui lui avaient été imposées en 2010, n’a pas respecté les ordres du Provincial ni du Supérieur local, rencontrant certaines familles.

Au cours des entretiens, il a été révélé qu’un autre prêtre jésuite, dans le cadre de ses fonctions à l’EYM, avait commis des abus sexuels sur cinq femmes. Dans ce cas précis, les nouveaux protocoles adoptés par la Province en 2015 ont permis une enquête et une évaluation rapides.par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, qui a déclaré les faits prescrits. La Province EUM, malgré la prescription, a appliqué des restrictions sévères, toujours en vigueur aujourd’hui. Les victimes de ce second jésuite, informées ces derniers mois des restrictions et des mesures qui lui ont été proposées, ont exprimé leur satisfaction. ,

Nous demandons pardon.

À celles et ceux qui ont souffert, à celles et ceux qui ont osé parler et se sont sentis incompris, à celles et ceux qui ont souffert en silence, voyant leurs préoccupations minimisées, nous, Province EUM de la Compagnie de Jésus, demandons humblement pardon.

C’est avec une immense tristesse que nous reconnaissons de graves lacunes dans la gestion et le traitement des signalements. Cette douloureuse prise de conscience nous pousse à agir avec plus de force et de détermination : la demande de pardon n’est que le premier pas d’un cheminement que nous devons entreprendre ensemble.

Notre engagement

L’affaire du Père De Luca a mis en lumière un passé grave pour toute la Province et a conduit à une amélioration constante des programmes et des structures de formation pour la prévention et la formation des jésuites et des laïcs vivant en communauté, engagés dans des œuvres et suivant la voie ignatienne.

Structures activées

Nous avons créé un Bureau de la protection dédié, composé de personnel qualifié.

– Une équipe d’experts de différents domaines supervise le travail du Bureau de la protection.

Mesures mises en œuvre

– Formation initiale et continue : La protection et la sauvegarde des personnes vulnérables sont intégrées à la formation initiale et continue de tous les jésuites, garantissant ainsi une culture de protection constante et actualisée.

– Adoption de critères de sélection plus rigoureux pour l’évaluation des candidats à la Compagnie de Jésus.

– Mise à jour du protocole dans nos structures, notamment les écoles, le MEG et le Centre Astalli.

Mesures en cours de mise en œuvre

– Le Bureau de la protection et de la sauvegarde des personnes vulnérables élabore un manuel de sensibilisation et de formation aux questions de protection, destiné à l’ensemble de notre personnel religieux et laïc.

– Nous mettons à jour notre protocole de protection et de sauvegarde des personnes vulnérables.

– Un code de conduite contraignant pour tous les membres de la Province EUM. Ce code de conduite, clair et détaillé, définit des normes de comportement précises et non négociables, explicitant les responsabilités de chacun en matière de protection des mineurs et des personnes vulnérables.

– Nous élaborons un manuel contenant des directives pratiques sur les procédures à suivre en cas de plainte, adaptées à chaque cas, afin de garantir que chaque signalement soit traité avec le plus grand soin et que, quoi qu’il arrive, quoi qu’il arrive… la situation soit prise en compte.

– Tous les membres du personnel travaillant avec nous suivent une formation obligatoire en matière de protection de l’enfance et des personnes vulnérables et sont tenus de signaler immédiatement toute situation problématique au bureau compétent.

Conclusions

Ce n’est qu’en traversant ensemble cette période douloureuse, avec courage et vérité, que nous pourrons espérer un véritable renouveau. La Fraternité entreprend ce chemin avec l’Église universelle, consciente que le fléau des abus sexuels sur mineurs et sur personnes vulnérables s’est révélé être un mal systémique, même au sein de la communauté ecclésiale. C’est le début d’un chemin de transformation profonde, car, comme l’écrit le pape François dans sa lettre apostolique « Vos Estis Lux Mundi », « bien que beaucoup ait déjà été accompli, nous devons continuer à tirer les leçons amères du passé pour envisager l’avenir avec espérance ».

Nous restons à votre disposition pour toute discussion ou information complémentaire.

Père Ronny Alessio SJ

Provincial de l’EUM

La Province Euro-Méditerranéenne (EUM), comprend l’Albanie, l’Italie, Malte et la Roumanie


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