Lettre ouverte à l’attention de Norbert Turini, archevêque de Montpellier


Courriers / mardi, mars 17th, 2026

Mon frère,

Je tiens à vous renouveler mes remerciements pour la cérémonie mémorielle en mémoire des victimes de prêtres pédocriminels de vendredi soir. Vous avez employé des mots très forts, comme celui de « profanation » ou de « fautes collectives «, qui témoignent de votre reconnaissance de la souffrance de ces victimes. Beaucoup disent que ces événements ont « détruit « leur vie.

Vous avez aussi choisi un texte d’Évangile particulièrement bien adapté à cette célébration, et je vous en remercie à nouveau.

À la suite de notre entretien du 14 octobre 2023, dont je vous avais fait un compte rendu, vous m’aviez répondu que je ne vous avais pas bien compris. Je viens de relire votre réponse, et je dois dire qu’effectivement, je ne vous avais pas bien compris. Les mots de votre réponse du 16 octobre étaient déjà dans le même ton que ceux que vous avez prononcés lors de votre homélie, très puissants. Ils manifestent une vraie compréhension de la souffrance de ces victimes.

Je conçois tout à fait qu’à l’époque, mon compte rendu ait pu vous décevoir et que vous n’ayez pas compris le fond de ma pensée. En effet, je suis assez peu sensible aux mots et beaucoup plus aux actions.

Je vais donc reprendre les actions que je vous avais proposées le 14 octobre 2023, en commençant par l’importance de la médiatisation pour les victimes. Mes propositions portaient d’abord sur la mise en place de flyers de la CIASE, de la CRR et de l’INIRR sur tous les tableaux d’affichage des paroisses. J’ajouterai aujourd’hui celle de votre cellule d’écoute. Force est de constater que cela n’est toujours pas fait.

Je vous avais aussi demandé, dans le même esprit, un rapport d’activité de la cellule d’écoute. J’ajouterai aujourd’hui celui de la CDPP. Cela n’a pas été suivi d’effet. Cependant, je prends acte que vous avez pris la présidence de la CDPP.

Je vous avais ensuite parlé de la journée de mémoire et de prière pour les personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église, instituée par la CEF. Bien que cette action ait un peu tardé, je vous remercie pour celle de vendredi.

Lors de cette messe, je devais probablement être la seule victime, contrairement à ce que vous aviez dit et espéré. En effet, je suis persuadé que, m’étant clairement déclaré comme victime lors de ma prise de parole, s’il y en avait eu d’autres, elles seraient venues me parler.

Pourtant, un calcul très basique me fait dire que les victimes sont nombreuses dans le diocèse. Leur nombre se situe entre 4 000 et 6 000. Le département de l’Hérault compte 1,2 million d’habitants pour 69 millions en France, soit 1,74 % des Français. La CIASE a établi qu’il y avait 220 000 victimes de prêtres catholiques, auxquelles ont été ajoutées 110 000 victimes de laïcs travaillant pour l’Église. Les chiffres plus précis sont donc de 3 038 victimes de prêtres dans votre diocèse, et 5 700 victimes en intégrant celles de laïcs travaillant pour le diocèse.

L’Église, et j’imagine votre diocèse, disent faire beaucoup d’efforts en ce qui concerne la prévention de ces crimes. Prévenir, c’est vouloir vivre dans une maison propre et sans tache, à l’image d’un laboratoire pharmaceutique où toutes les surfaces sont carrelées et nettoyées très régulièrement. Or, dans l’Église catholique, les placards sont pleins de cadavres : ils regorgent de victimes qui n’ont pas pu parler et restent enfermées dans le placard de leurs souffrances.

Vous avez aussi beaucoup parlé du pardon. Oui, je suis convaincu que, lorsqu’une victime réussit à pardonner à son abuseur, elle réussit à trouver la paix par rapport à sa souffrance. C’est un grand pas en avant, et cela lui permet de recommencer à vivre. Mais, en ce qui me concerne, ayant passé 13 années scolaires chez les Jésuites, j’ai appris que, lors de la confession, pour recevoir le pardon du Christ, il convenait tout d’abord de demander pardon et d’avouer les péchés qu’on avait commis. On recevait ensuite une pénitence à accomplir pour pouvoir valider le pardon du prêtre et du Christ.

J’en déduis donc que, lorsqu’un prêtre est dénoncé comme criminel, s’il veut recevoir le pardon de l’Église et du Christ, il est indispensable qu’il demande pardon à ses victimes et, pour cela, qu’il commence par les nommer toutes, permettant ainsi à l’Église de les contacter pour qu’elles reçoivent cette demande de pardon. Or, cela n’est jamais fait. Quand une victime dénonce un prêtre, l’Église se contente systématiquement de cette dénonciation, sauf, bien sûr, pour des cas très médiatiques comme ceux de l’abbé Pierre, du frère Preynat ou de Marco Rupnik, S.J. Mais trop souvent, ce sont les victimes elles-mêmes qui doivent faire le travail de recherche des autres victimes. Je pense notamment à l’affaire Bétharam et à la mienne.

J’ajouterais aussi que la pénitence que mérite ce criminel, c’est aussi de donner les noms de toutes ses victimes, dans le même esprit de pardon éventuel.

Cordialement,
JP Martin-Vallas

PS : Depuis bientôt 15 ans, je me bats contre l’omerta des Jésuites et de l’Église catholique. Mon moyen de lutte est de rendre publics nos échanges, que vous trouverez sur mon site : (faire Ctrl + clic gauche sur) . covijes.org


En savoir plus sur COLLECTIF DES VICTIMES D’AGRESSIONS SEXUELLES DE JÉSUITES

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *