Mon frère,
Le 18 février, je vous posais la question suivante : « Pourquoi ne voulez-vous pas donner les noms des frères jésuites pédocriminels hormis ceux dont les noms ont déjà été rendus publics par d’autres ? ». Sans réponse, je vous ai renouvelé la même question le 22 mars. Sans réponse, je vous la renouvelle à nouveau aujourd’hui.
Votre silence ouvre la porte à toutes les rumeurs. La dernière que je viens d’entendre à ce sujet affirme que votre avarice en serait la cause. En effet, il est dit sur votre site internet que 130 jésuites pédocriminels ont agressé ou violé 180 victimes qui se sont adressées à vous. Mais 130 jésuites n’ont pas fait que 180 victimes. Selon le rapport de la Ciase, ils auraient fait : 130 × 63 = 8 190 victimes. La CRR a indemnisé un peu plus de 1 000 victimes à un taux moyen de 30 000 € par victime. Cela représenterait, pour les jésuites, 8 190 × 30 000 = 245,7 M€.
Celui qui propage cette rumeur en conclut donc que la seule raison pour laquelle vous refusez de publier ces noms est la crainte que trop de victimes ne se déclarent auprès de la CRR, du fait de l’enjeu financier énorme que cela représenterait pour vous. Il serait temps, mon frère, que vous répondiez à ma question, si vous ne voulez pas que ces rumeurs se répandent, se transforment et s’amplifient.
Votre lettre publiée le 3 juin 2026 sur notre site, indique que vous agissez « dans le respect des règles édictées par la province et des demandes des personnes victimes. ». Donc, je renouvelle ma question un peu différemment : Quelles sont les règles édictées par la province ?
Vous semblez de plus indiquer que vous attendez les demandes des victimes pour lancer des appels à témoins, et ainsi, donner le nom des prédateurs. Ceci me semble être une très mauvaise raison pour cacher le nom de ces prédateurs et ne pas faire d’appel à témoins. En effet, vous savez très bien qu’une victime qui a réussi à parler reste traumatisée très longtemps, car elle a fait d’énormes efforts pour réussir à parler et tenter de se reconstruire. Elle n’a pas d’énergie pour s’occuper des autres victimes de son agresseur.
N’attendez pas qu’une victime vous demande de rechercher les 62 autres victimes de son prédateur. Chaque victime reste longtemps enfermée dans sa souffrance, même après avoir pu parler. Elle a beaucoup d’autres soucis que de penser à ces co-victimes. Il n’y a que vous qui puissiez déclencher ce mécanisme, même si cela doit vous coûter cher, au nom de la souffrance des 62 autres victimes.
Je vous rappelle que Jean-Marc Sauvé, lorsqu’il a présenté son rapport, a dit « qu’il était plus difficile à une victime de parler que de sauter du 2ème étage de la tour Eiffel ». Je vous rappelle que l’équivalent belge de Jean-Marc Sauvé a qualifié les victimes prescrites de « survivantes », en notant un très fort taux de suicide dans cette population. Je vous rappelle que Patrick Goujon, jésuite français, a terminé son livre en disant : « Quelqu’un d’autre que moi avait prononcé le nom de mon agresseur. Je n’avais pas rêvé, j’étais sauvé ».
Je vous rappelle que les jésuites canadiens et américains ont publié les noms des jésuites pédocriminels, avec des détails sur leur parcours professionnel.
Vous faites allusion à des règles juridiques françaises.
En ce qui concerne les prédateurs décédés, je vous transmets à nouveau une note de Monsieur Alain Girardet, commissaire de la CRR, qui établit que faire un appel à témoins pour un prêtre pédocriminel décédé ne présente aucun risque juridique en France.
En ce qui concerne les prêtres jésuites pédocriminels vivants, je vous demande de considérer la liste suivante d’agresseurs sexuels et violeurs médiatisés qui ont été dénoncés de leur vivant par leurs victimes : le plus actuel est Patrick Bruel. Mais il faut ajouter Gérard Depardieu, Franck Gastambide, Serge Bosson, Olivier Vidal, Pascal Demolon, Patrick Poivre d’Arvor, Nicolas Bedos, Christophe Ruggia, Gabriel Matzneff.
Je poursuis ma liste avec les noms de victimes, sportives nationalement connues, qui ont dénoncé leurs agresseurs de leur vivant : en commençant par Sarah Abitbol, suivie de Emma Oudiou, Catherine Moyon de Baecque, Yannick Trégaro, Hélène Godard, Anne Brunet, Béatrice Dumur.
Cette liste représente donc un nombre considérable de victimes qui ont osé parler et dénoncer leurs agresseurs de leur vivant, même si cela était souvent quelques dizaines d’années après les faits. Elles ont eu le courage, car elles avaient la motivation. Et vous, vous n’avez ni le courage ni la motivation.
Les 62 autres victimes des jésuites que vous connaissez comme pédocriminels ne font pas partie de vos soucis.
JP Martin-Vallas
PJ : Note de M. Alain Girardet, Magistrat, Membre référent de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR)
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