Mon père,
Votre prédécesseur a publié en mars 2023 une liste de 27 jésuites canadiens accusés d’abus sexuel sur mineurs, ainsi qu’une lettre pour expliquer son geste. Dans cette lettre, il manque, à mon avis, une considération importante pour justifier ce geste.
Je suis moi-même victime d’une agression sexuelle dans mon enfance, commise par le prêtre jésuite Gilbert Lamande au collège Saint-Louis-de-Gonzague à Paris. Depuis 16 ans, je demande aux jésuites de France de publier les noms des 130 jésuites pédocriminels qu’ils ont recensés. Pourtant, je me heurte à un refus constant et obstiné.
Personnellement, je pense que la publication des noms des pédocriminels est un élément essentiel pour aider et encourager les victimes à parler, ce qui est la seule voie leur permettant d’entamer un chemin de restauration et de guérison. En France, le rapport de la CIASE d’octobre 2021 a établi qu’il y avait environ 220 000 victimes d’abus sexuels commis par des prêtres catholiques. Aujourd’hui, cinq ans après la publication de ce rapport, il n’y a guère plus d’une victime sur cent qui a pu rencontrer et parler à l’une ou l’autre des deux commissions mises en place par l’Église catholique pour recevoir ces victimes.
En effet, une victime d’abus sexuel commis par un prêtre a très souvent le sentiment d’être la seule victime, accompagné d’un sentiment de culpabilité, se sentant en partie responsable de ces actes intolérables. Le simple fait d’apprendre qu’elle n’est pas la seule victime de ce prêtre, qu’elle n’était qu’une proie parmi d’autres, la libère de sa culpabilité et peut l’aider à parler. Pour étayer mon affirmation, je citerai le témoignage d’un jésuite, Patrick Goujon, qui a été agressé sexuellement par un prêtre dans sa jeunesse. Il a écrit un livre (Prière de ne pas abuser) sur les conséquences de ces agressions dans sa vie et termine ce livre en disant :
« Quelqu’un d’autre que moi avait prononcé le nom de mon agresseur. Je n’avais pas déliré. J’étais sauvé. »
J’en profite donc pour vous demander :
- Cette publication a-t-elle été suffisamment relayée par les médias ?
- La publication de ces noms a-t-elle vraiment encouragé des victimes à parler et à vous contacter ?
- A-t-elle provoqué des témoignages de victimes, et auprès de quelles organisations ou lieux d’écoute pour ces victimes ?
- En dernier lieu il était prévu que cette liste de prêtres soit complétée au fil du temps .Est ce que cela a été fait et où peut on trouver ces compléments ?
Cordialement,
JP Martin-Vallas
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